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Full text of "PARTIE 02- MYTHOLOGIE DES HINDOUS -A. Les divinites de l'Inde- Jules Raymond Lame Fleury: La mythologie racontee aux enfants"

LA 

MYTHOLOGIE 

RACONTÉE AUX ENFANTS 

J 'Ml LAME FLEUHY 

NOUVELLE ÉDITION 



PARIS 

C. BORBANI. LIBRAIRE-ÉDITEUR 

1&72 
GEOBGE R. LOCKWOO» 

SBW-tO»S- 



L££ UÉTAÏlOKPUOSEï TE VICHNOt. 1T 



LES MÉTAMORPHOSES 

DE VJCHKOtJ. 



Quoique le dieu Viclmou ne fût pas 
moins puissant que Bmhiria chez les Hin- 
dous, il ne fut point employé, comme 
son frère, à la création du monde, mais 
il demeura chargé de veiller à la conser- 
vation de ce merveilleux ouvrage et de* 
trésors qu'il renferme. Toutes les foin 
que quelque catastrophe a menacé h 
globe ou ses habitants, disent les adora- 
teurs de ce dieu, il s'est montré «ir la 
terre sous une forme différente, Ccst ce 
que Ton nomme les a Métamorphoses de 
Vïchnou, » et le récit de quelques-unes 
de ces aveutures est assez singulier pour 
que je vous engage à l'écouter. 

Là première foi» que Vîchnou dfSOTJl- 



18 LES MÉTAMORPHOSES DE VICHNOU. 

dît du ciel , c'était pour retrouver les 
livres sacrés des Védas, qu'un géant en- 
nemi des dieux avait emportés. Après les 
avoir cherchés pendant longtemps dans 
tous les coins de la terre, le dieu décou- 
vrit enfin que le ravisseur les avait cachés 
au fond de la mer ; aussitôt, prenant la 
forme d'un poisson, il plongea dans les 
flots, atteignit le géant, et lui arracha les 
livres précieux que Brahma avait autre- 
fois confiés à ses prêtres. 

Un jour que les dieux avaient inventé 
un breuvage mystérieux qui devait don* 
ner l'immortalité à tous ceux auxquels 
ils permettraient d'en goûter, de mau- 
vais génies se présentèrent et voulurent 
en avoir leur part, Alors s'éleva une vio- 
lente querelle entre les dieux et ces gé- 
nies, et ils se livrèrent un si furieux 
combat que le mont Mérou, qui soutient 
la terre, fut précipité dans la mer. Le 
globe entier allait périr, lorsque Vichnou 
prît la forme d'une immense tortue, et 
supporta le monde sur son dos, jusqu'à 
ce que la terre eût repris sa place. Mais 



LfcS MÉTAMORPHOSES DE VICHNOIK 19 

al ne put empêcher qu'une partie du 
breuvage divin se répandit sur la surface 
des eaux, et les changeât en une mer de 
lait d'où sortirent alors plusieurs choses 
merveilleuses, telles qu'un éléphant blanc 
à trois trompes et un superbe cheval à 
trois têtes. 

Cependant, mes enfants, quoique les 
mauvais génies, qui se montraient ordi- 
nairement sous la forme de géants mons- 
trueux, eussent été vaincus par les dieux, 
ils ne renonçaient pas à détruire l'ou- 
vrage de Brahma ; et l'un d'entre eux, 
ayant roulé la terre comme une feuille de 
papier, l'emporta sur ses épaules jus- 
qu'au fond de l'abîme. Maïs Vichnou, 
l'ayant appris, se métamorphosa en san- 
glier, d'autres disent tout simplement en 
pourceau , et attaquant le géant, il ra- 
massa la terre sur son groîn et îa remit à 
sa place. 

Vichuou reparut encore plusieurs au- 
tres fois sous diverses formes d'animaux, 
et chaque fois il sauva le monde de quel- 
que grand péril ; mais il se lassa enfin de 



20 LES MÉTAMORPHOSES DE VICHNOU* 

se cacher sous ces métamorphoses igno- 
ble*, et ne voulut plus se montrer que 
sous la figure humaine. 

Dans ce temps-là, il y avait un roi 
nommé Bàu, dont le royaume était si 
étendu qu'il possédait, dit-on, le ciel, la 
terre et les enfers ; aussi sa puissance lui 
inspirait-elle tant d'orgueil, que Vichnou, 
indigné, résolut de le punir. À cet effet, 
le dieu, ayant pris la figure d'un brah- 
mane, si petit, si petit, qu'il pouvait pas- 
ser pour un nain, se présenta devant le 
roi, et, après l'avoir amusé par quelques 
tours de gentillesse, le pria de lui donner 
pour récompense trois pas de terrain 
dans son vaste empire. Bali se mit à rire 
en entendant cette demande, car les trois 
pas que le brahmane aurait pu faire avec 
ses petites jambes ne valaient point un 
demi-pas d un homme ordinaire, et il 
lui accorda aussitôt ce qu'il désirait. Mais 
le dieu, développant soudain un corps 
d'une grandeur prodigieuse, d'un pas 
mesura le ciel, d'un autre la terre, et du 
troisième allait embrasser les enfers, lors- 



LES METAMORPHOSES DE VïCJINÛU. SI 

que Balï, se jetant à ses pieds, le supplia 
de lui laisser un seul coin de son 
royaume. Vichnou, satisfait d'avoir hu- 
milié l'orgueil de ce monarque puissant, 
lui fit grâce, en lui ordonnant à l'avenir 
de se contenter des enfers, dont il lui 
laissa l'empire. 

Jusqu'alors, pourtant, Vichnou s'était 
borné à paraître sous la figure d'un 
simple prêtre ou sous celle d'un homme 
ordinaire ; maïs il voulut aussi se faire 
connaître sur la terre comme un grand 
roi, afin d'instruire les hommes et de 
leur apprendre l'usage des instruments 
de l'agriculture. 11 se montra donc suc- 
cessivement sous les noms de Rama et de 
RrïChha, deux des princes les plus vail- 
lants qui aient existé dans l'Inde, et son 
histoire devient alors si singulière que je 
veux aussi vous la raconter. 

Pendant que le dieu, sous la figure 
de Rama, régnait sur une partie de cette 
contrée, il avait pris pour femme une 
princesse nommée Sjtâ, qui était plus 
belle que le jour ; mais un géant, qui 



££ LES MÉTAMORPHOSES DE VICHNOU. 

avait nom Rayava, l'ayant aperçue un 
oui- qu'elle se promenait seule sur le ri* 
vage, l'enleva, et, franchissant la mer, 
l'emporta dans son pays, où Rama réso- 
lut de le poursuivre* 

Cependant ce vaillant prince, n'ayant 
point une armée assez nombreuse pour 
entreprendre un voyage si lointain, se 
décida à faire alliance avec le roi des 
singes, qui lui envoya aussitôt, des mon- 
tagnes qu'il habitait, une troupe consi- 
dérable de ses sujets, à la tête desquels 
se trouvait le grand singe HAirouKArr, qui 
était de la plus belle espèce, et de plus 
un très-habile guerrier* Hanouman avait 
encore plusieurs petits talents, outre ce- 
lui des tours et cabrioles que ses pareils 
font ordinairement, car il était, dit-on, 
excellent musicien. Une armée d'ours 
vint aussi offrir ses services à Rama, qui, 
les ayant acceptés avec joie, se mit aussi- 
tôt en campagne avec ces combattants 
d'un nouveau genre. 

Or, pour arriver dans le pays oîi Ra- 
vana avait emporté la reine Sita, il fallait 



LES MÉTAMORPHOSES DE VlCHNOO. 23 

traverser un bras de mer considérable, 
et, d ayant point de vaisseaux pour em- 
barquer son armée, Rama commençai à 
se désespérer, torque le général Hanou- 
man, à la tête de ses soldats a longue 
queue, se mit à construire un grand pont 
de rochers qui allait d'un rivage à l'au- 
tre, et l'acheva en très-peu de jours, parce 
que les singes, qui sont très-vifs dans 
leurs mouvements, comme vous savez, 
se trouvèrent être d'excellents ouvriers. 
Rama, profitant de ce secours inattendu, 
passa aussitôt ta mer sur ce beau pont. 
Ayant atteint le perfide Ravana, il le tua 
dans une bataille, et retrouva sa chère 
Sila, avec laquelle il est quelquefois re- 
présenté assis sur un trône entouré de 
singes. On peut reconnaître, parmi les 
courtisans dont on le voit accompagné, 
le fameux Hanouman, auquel les Hindous 
attribuent l'invention de leur musique 1 . 
Les aventures de Vîchnou, sous le 
nom de Krichna, ne furent pas moins 



1. PL I, fi* 2. 



/ 



24 LES MÉTAMORPHOSES DE VICIINOU. ■ 

merveilleuses. Né dans une famille de 
rois, il préféra passer son enfance au 
milieu des bergers et des bergères qu'il 
faisait danser au son de sa flûte, dont les 
sons étaient si mélodieux qu'ils attiraient 
à ses pieds les animaux les plus sauvages. 
Ce n'est pas que ce passe-temps fut le 
seul qui lui convint, car de temps à au- 
tre on le voyait enlever sur son doigt des 
montagnes* tuer des monstres de toute 
espèce, et danser sur la tête des ser- 
pents* 

Lorsqu'il eut atteint l'âge d'homme, 
Krichna se mit à parcourir le monde 
pour détruire des géants à plusieurs tôtes 
et d'autres tyrans qui le désolaient; en 
même temps il instruisait les peuples, et 
leur apprenait à être sages pour devenir 
heureux* 

Enfin, lorsque Vichnou crut n'avoir 
plus rien à faire sur la terre, il remonta 
au ciel, d'où il n'est plus redescendu 
qu'une seule fois, sous la figure d'un 
homme vertueux et savant, nommé Boud- 
dha, pour enseigner aux peuples de 



LES MÉTAMORPHOSES DE VlCHNOO- S5 

l'Inde* les cérémonies de la religion des 
Brahmes, ou prêtres de Brahma. Il con- 
sacra à ce dieu le lotus, cet Le plante mer- 
veilleuse où Brahma s'était assis avant 
la création. 

Les Hindous sont persuadés que Vich- 
nou ne paraîtra plus qu'à la fin du 
mon Je, mais alors il empruntera la forme 
.d'un cheval ailé, d'une blancheur écla- 
tante, ayant un pied levé au-dessus du 
globe, et lorsqu'il posera ce pied sur le 
monde, les méchants . seront précipités 
dans les enfers, et la terre tombera en 
poussière. En attendant ce moment fatal, 
Vichnou est supposé paisiblement en 
dormi dans la mer de lait, où il est cou- 
ché sur une couleuvre à cinq têtes, qui 
au dernier jour vomira des torrents 
de flammes et détruira toutes les créa- 
tures. 

Je n'aurai rien à vous dire du dieu 
Siva, Je troisième personnage de la Tri- 
mourti, sinon que ce fut lui qui, sous la 
figure des monstres, des géants et des 
rois méchants, fut constamment l'ennemi 

YTTHÛLOGQ, HOÎTT. ÉWT. * 



36 LES METÀH0HPS0SS3 DE VlCiïNÛU. 

que le bon Vichnou fut forcé de com- 
battre. 

Je ne sais si ces contes bizarres ont pu 
vous offrir quelque intérêt; maïs je voua 
engage à les étudier attentivement, parce 
que c'est del 'Inde que sont venus pres- 
que toutes les fables de la mythologie, 
ainsi que j'aurai occasion de voua le &dre 
remarquer dans la suite de ce livre.